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La guerre de trump contre l’iran s’inscrit-elle dans une stratégie du « dernier survivant » pétrolier ?

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La guerre de trump contre l’iran s’inscrit-elle dans une stratégie du « dernier survivant » pétrolier ?

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    La guerre de trump contre l’iran s’inscrit-elle dans une stratégie du « dernier survivant » pétrolier ?

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    « Ça paraît tellement insensé, au regard de ce sur quoi il a fait campagne. C’est pourquoi beaucoup de gens se sentent trahis, il a prôné la fin des guerres, de ces guerres idiotes et sans raison, et voilà qu’on en a une qu’on ne sait même pas vraiment expliquer. »

    Tels sont les mots de Joe Rogan, l’un des influenceurs conservateurs américains les plus en vue, dont le soutien à Trump a contribué à son élection en 2024.[1]

    Quelle qu’en soit la raison, l’attaque de Trump contre l’Iran le 28 février est clairement réprouvée par la majorité des Américains — ce qui est inhabituel aux États-Unis au début d’une guerre. Le 12 mars 2026, le Washington Post relevait : « de récents sondages… montrent que les Américains s’opposent aux frappes américaines à 50 % contre 38 % pour, selon une moyenne du Post portant sur dix sondages depuis le début de la guerre. »[2] L’écart entre partisans et opposants est donc de 12 points. Un mois plus tard, le 10 avril 2026, cet écart atteignait 15 points, selon le très réputé analyste américain Nate Silver.[3]

    Voici ce que Trump a publié sur les réseaux sociaux le 12 mars, soit près de deux semaines après son attaque surprise :

    « Les États-Unis sont de loin le premier producteur de pétrole au monde : quand les prix du pétrole montent, nous gagnons beaucoup d’argent. MAIS, ce qui m’importe et m’intéresse bien davantage, en tant que président, c’est d’empêcher ce maître mauvais qu’est l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, et de détruire le Moyen-Orient et, en vérité, le monde entier. Je ne laisserai jamais cela se produire ! »[4]

    Nombreux sont ceux qui soupçonnent Trump de ne pas dire la vérité sur la question nucléaire, et de s’en servir comme simple prétexte à d’autres fins. Il existe des éléments concrets à l’appui de ce soupçon. Le 27 février, lors d’une interview télévisée, Badr Albusaidi, le ministre des Affaires étrangères d’Oman — qui servait de médiateur dans les négociations entre les représentants de Trump et le gouvernement iranien — a déclaré qu’« un accord de paix est à notre portée. » L’Iran « ne possédera jamais, au grand jamais… de matière nucléaire susceptible de fabriquer une bombe. » Les stocks existants d’uranium enrichi seraient « dilués au niveau le plus bas possible » et « convertis en combustible… [ce qui] serait irréversible », a-t-il insisté. L’Agence internationale de l’énergie atomique de l’ONU bénéficierait d’un « accès complet » aux sites nucléaires iraniens pour vérifier l’accord, concluant : « Zéro accumulation, zéro stockage, vérification totale. »[5] C’était le vendredi 27 février. Les deux parties devaient se retrouver le lundi suivant. Trump a attaqué le lendemain, samedi 28 février — en plein milieu des négociations de paix.

    Le 17 mars, la démission soudaine de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme nommé par Trump lui-même, a considérablement renforcé ce soupçon. Sa lettre de démission énonce : « En mon âme et conscience, je ne peux soutenir la guerre en cours contre l’Iran. L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain. »[6] Bien que le sénateur Mitch McConnell ait critiqué l’« antisémitisme virulent de sa lettre de démission »,[7] Kent a jeté de nouveaux doutes, bien réels, sur la prétendue urgence d’une bombe nucléaire.

    L’attaque de Trump a fait passer le prix du pétrole américain (le WTI, valeur de référence) d’environ 65,75 dollars le baril le 27 février 2026 à 111 dollars le 20 mars.[8] Il a ensuite oscillé au gré des déclarations de Trump et des comptes rendus d’attaques. Le 11 avril, il était redescendu au prix encore massivement élevé de 95 dollars.[9] Mauvaise nouvelle pour les propriétaires de voitures ? Certes. Mais excellente nouvelle pour les « frackers » — les foreurs pratiquant la fracturation hydraulique — qui avaient financé la campagne électorale de Trump en 2024 à hauteur de 75 millions de dollars, mais s’étaient sentis trahis puisque beaucoup avaient dû stopper leur activité, faute d’un prix du pétrole couvrant leurs coûts, en moyenne 55 à 58 dollars le baril.[10]

    L’Arabie saoudite, dont le coût de production n’excède pas 27 dollars,[11] avait continuellement augmenté sa production, faisant chuter le cours mondial du pétrole. La guerre de Trump remet ses frackers en territoire bénéficiaire, renversant la logique de « crash ».

    Si telle est la stratégie de Trump, elle est assez simple : les États-Unis, avec Israël, détruisent l’Iran et laissent l’Iran, en riposte ou par légitime défense, détruire les autres producteurs régionaux de pétrole et de gaz naturel. C’est d’ailleurs ce qui se passe. L’Iran a effectivement fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel mondiaux. Le 17 mars, un drone iranien a embrassé un grand champ de gaz des Émirats arabes unis, le projet Shah.[12] Le lendemain, Israël a attaqué le champ gazier iranien de South Pars — sa principale installation de gaz naturel. Quelques heures plus tard, QatarEnergy, entreprise d’État, annoncerait que l’Iran avait riposté en frappant la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar, causant « des dégâts considérables ». La majeure partie du gaz naturel qatari, soit 20 % de l’approvisionnement mondial, y est produite.[13] Trump a alors menacé de « faire exploser massivement » le reste de South Pars si l’Iran attaquait à nouveau le Qatar.[14]

    Et Trump ne s’est pas arrêté là. Le 21 mars, il a posé un ultimatum : « frapper et anéantir » les centrales électriques iraniennes si l’Iran ne levait pas le blocus du détroit d’Ormuz avant le lundi soir suivant. L’Iran a alors menacé que si Trump exécutait sa menace, les États du Golfe verraient leurs infrastructures énergétiques « détruites irrémédiablement » et que l’Iran fermerait le détroit d’Ormuz indéfiniment.[15] Le Brent a atteint 110 dollars le baril. Le lundi, Trump a indiqué que ses fonctionnaires et l’Iran avaient tenu des « conversations productives », accordant à l’Iran cinq jours supplémentaires pour ouvrir le détroit. Mais l’Iran a nié toute discussion avec les négociateurs de Trump. Le Brent est retombé quand même à 103 dollars. Le lendemain, Bloomberg rapportait des éléments prouvant l’existence de pourparlers indirects,[16] mais aussi de nouvelles attaques contre les infrastructures iraniennes et des États du Golfe. Le 7 avril, Trump a menacé que si l’Iran n’ouvrait pas le détroit d’Ormuz, « toute une civilisation mourrait cette nuit, à jamais. » Beaucoup y ont vu une menace d’anéantissement nucléaire de l’Iran, ce qui a été trop loin pour le pape Léon, qui a déclaré : « Aujourd’hui, comme nous le savons tous, il y a eu cette menace contre tout le peuple iranien. C’est vraiment inacceptable. » Que ce soit ou non une menace nucléaire, Trump a effectivement menacé de faire sauter les ponts et autres infrastructures civiles.[17] Le 11 avril, des négociations, qui ont duré vingt heures, ont débuté au Pakistan entre le vice-président américain J.D. Vance et les Iraniens. Elles ont pris fin le lendemain, 12 avril : sans accord.[18]

    Le 11 avril, le Financial Times faisait le bilan des dégâts infligés jusqu’alors au deuxième producteur mondial de pétrole, l’Arabie saoudite : « Les frappes sur le champ pétrolier offshore de Manifa et sur le champ de Khurais, au nord de Riyad, ont réduit la production de chaque site de quelque 300 000 barils par jour. »[19] Par ailleurs, les Iraniens ont touché le pipeline Est-Ouest Yanbu, qui relie le Golfe persique à la mer Rouge, réduisant sa capacité de 7 millions de barils par jour de 700 000 barils. Ce pipeline permettait à l’Arabie saoudite de contourner le blocus iranien du détroit d’Ormuz[20] en exportant près de 5 millions de barils par jour via la mer Rouge. Mais la situation évoluait de jour en jour. Le 12 avril, les autorités saoudiennes ont annoncé que le pipeline avait été remis à pleine capacité et que la production sur l’un des champs pétroliers avait également été entièrement restaurée.[21]

    À ce jour, 12 avril, le détroit est toujours effectivement fermé, la civilisation iranienne existe toujours, et le pétrole américain se négocie à 96 dollars. Quand la guerre de Trump prendra-t-elle fin ? Si son objectif est la « domination énergétique » qu’il a si souvent proclamée,[22] la guerre pourrait se terminer — si les Iraniens le permettent — lorsque Trump estimera qu’assez d’infrastructures pétrolières du Golfe persique ont été détruites pour maintenir ses frackers dans l’opulence.

    Renflouer ses frackers frustrés est-il le seul mobile possible de Trump ? Peut-être pas. Et la simple lubie, alors ? Il s’en tire parce que ses partisans les plus fidèles l’adorent et que ses conseillers et fonctionnaires ne disent que « Oui, monsieur. »[23] Quelques-uns, pourtant, commencent à crier non. L’un d’eux, le militant conservateur Tucker Carlson, a qualifié les menaces contre l’infrastructure civile iranienne de « crime de guerre » et d’« abomination à tous égards. »[24] Une autre, la congressiste républicaine fraichement démissionnée et ancienne grande fan de Trump, Marjorie Taylor Greene, a qualifié la menace contre la « civilisation » de « malveillance et de folie », et appelé à destituer Trump en invoquant le 25e amendement de la Constitution américaine.[25]

    Outre la lubie, d’autres hypothèses existent. La question d’Israël, placée au premier plan par Joe Kent ? Le scandale Epstein, qui colle de plus en plus à Trump — bien que les accusations les plus graves restent pour l’instant non étayées — dont la guerre permettrait de détourner l’attention ? La volonté de Trump de redresser son indice de popularité, extraordinairement bas, qui ne cesse de baisser ? Le très crédible Cook Political Report fait quotidiennement la moyenne de 21 sondages réputés; il indique que le taux de désapprobation de Trump est passé de 48,9 % le 1er mars 2025 à 57,2 % le 10 avril 2026.[26] Les guerres provoquent habituellement un « resserrement des rangs » (« rally ’round the flag ») qui soutient le président. Pour l’heure, il n’en est rien. Peut-être si Trump envoie des troupes au sol — par exemple pour s’emparer de l’uranium enrichi. Trump a déplacé 2 300 marines américains de la région Pacifique vers les abords de l’Iran.[27] Le 24 mars, le New York Times rapportait l’envoi supplémentaire de 2 000 parachutistes dans la région.[28]

    Jusqu’où le prix du pétrole et du gaz peut-il monter ?

    Bloomberg a publié une synthèse des prévisions de divers opérateurs pétroliers le 24 mars : « Goldman Sachs a relevé sa prévision moyenne pour le Brent à 85 dollars le baril, contre 77 dollars auparavant. Macquarie table sur un plancher de 85 à 90 dollars le baril, avec des contrats à terme susceptibles d’atteindre 150 dollars le baril d’ici la fin avril. Kpler estime quant à lui que les prix pourraient atteindre 140 dollars le baril dans les trois à quatre semaines à venir, en l’absence de toute dé-escalade significative. »[29] Faites votre choix. Étant donné que le seuil de rentabilité du pétrole pour les frackers américains est d’environ 55 à 58 dollars (pour le WTI, le référentiel américain), toutes les prévisions suggèrent que les frackers de Trump seraient soit rentables, soit franchement riches.

    Les prix prévus ci-dessus par les opérateurs pétroliers sont ceux du Brent, le référentiel européen. Le WTI, le référentiel américain, a tendance à se négocier 3 à 10 dollars de moins. Mais pendant une grande partie d’avril 2026, il s’est vendu davantage. Pourquoi ? Les États-Unis exportent plus de pétrole vers l’Asie pour compenser le pétrole perdu du Golfe. En mars 2026, les exportations se sont établies à 3,9 millions de barils par jour. Mais en avril 2026, la société de recherche pétrolière Kpler estime ce chiffre à 5,2 millions de barils par jour. Une flottille de 68 pétroliers vides se dirigeait vers les États-Unis au cours de la deuxième semaine d’avril. La semaine précédant la guerre de Trump, seuls 24 pétroliers vides faisaient route vers les États-Unis.[30]

    Les frackers américains de Trump s’emploient-ils à forer de nombreux nouveaux puits ? Pas jusqu’à présent. L’opération est coûteuse et exige une planification et une logistique considérable. Et l’extension des zones à fracker — ce qui implique l’acquisition de droits fonciers — ? Les acquisitions de terrains de fracturation aux États-Unis sont pratiquement à l’arrêt depuis le déclenchement de la guerre de Trump, en raison de l’incertitude qui pèse sur les prix du pétrole. Le Financial Times cite un avocat d’affaires : « Désormais, c’est la question de ‘À quel prix valoriser ces actifs ? Quelle agressivité peut-on se permettre dans la mise en valeur ? Serons-nous en mesure de nous couvrir ?’. »[31]

    Le gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe est une autre histoire. L’Iran a endommagé la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar, réduisant sa production de gaz naturel liquéfié de 17 % et nécessitant trois à cinq années de réparations, selon le ministre de l’Énergie du pays, Saad Al-Kaabi.[32]

    Une grande partie du gaz naturel liquéfié du Golfe était vendu en Asie, si bien que les marchés asiatiques ont déjà été durement touchés et pourraient bientôt, selon de nombreuses sources, manquer de gaz naturel.

    Les États-Unis disposent d’immenses réserves de gaz naturel, dont une grande partie est brûlée à la tête des puits de fracturation faute de pipelines pour l’acheminer vers le réseau gazier le plus proche, investissement que les frackers préfèrent éviter.

    Le gaz naturel américain est bon marché, sous-produit essentiel de la fracturation pétrolière. Le 23 mars, le gaz naturel américain se vendait 2,90 dollars par million de BTU (British Thermal Unit). Le même jour, le prix à Rotterdam du gaz naturel liquéfié importé était de 55 euros par MWh, soit environ 18 dollars par million de BTU, autrement dit environ six fois le prix du gaz naturel américain. Alors pourquoi les frackers ne financent-ils pas les pipelines pour se raccorder au réseau, liquéfier leur gaz et le vendre à un prix bien supérieur ? Parce qu’il n’y a pas de capacité de liquéfaction disponible. Selon une source de référence, Tradingeconomics.com, « les capacités d’exportation de GNL sont exploitées à plein régime, ce qui limite la possibilité de tirer davantage profit des perturbations mondiales de l’approvisionnement. »[33]

    D’ici 2031, soit environ cinq ans après la guerre de Trump, les États-Unis devraient doubler leur capacité actuelle de huit terminaux méthaniers, selon l’Agence d’information sur l’énergie du pays.[34]

    Mais peut-être que d’ici là, la demande aura sensiblement diminué. Pourquoi ?

    Pour l’UE, il suffit de comparer le prix du gaz naturel dans la crise actuelle à celui lié à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. À Rotterdam, les prix du gaz avaient alors atteint 339 euros. Ils ont atteint 55 euros cette fois-ci. La météo joue évidemment un rôle, mais l’essor notable des énergies éolienne et solaire au sein de l’UE depuis lors en est sans doute la principale raison. En 2025, l’électricité produite par le vent et le soleil dans l’UE était plus abondante que celle issue de l’ensemble des énergies fossiles combinées.[35]

    Les prix de gros de l’électricité dépendent généralement de la source la plus chère,[36] mais l’électricité éolienne et solaire sont désormais si abondantes dans l’UE — de loin les sources les moins chères[37] — qu’elles fixent souvent le prix du marché. Les centrales à gaz ne fonctionnent souvent plus qu’aux heures de pointe du soir.[38]

    Les opérateurs de réseaux s’adapteront mieux à ces crises d’approvisionnement, à la fois en installant davantage d’éoliennes et de panneaux solaires, et en déployant des batteries à large échelle. Depuis le début de la guerre, les investisseurs se ruent sur les fabricants de batteries centralisées — ces batteries qui alimentent les réseaux électriques. Les installations de batteries géantes peuvent couvrir jusqu’à quatre heures de production électrique en cas d’intermittence du vent ou du soleil. Le choc de la pénurie de gaz naturel en Asie ne devrait pas surprendre outre mesure que les grands fabricants chinois de batteries voient leur cours boursier s’emballer. Le 23 mars 2026, le Financial Times notait que, depuis le déclenchement de la guerre de Trump, le titre du fabricant de batteries CATL avait progressé de 29 % en Chine, celui de Sungrow de 19 %, et celui de BYD de près de 22 %. Les titres des compagnies pétrolières, qui profitent pourtant d’une hausse de 47 % du prix du pétrole, ont moins bien fait : Chevron est monté de 8 %, ExxonMobil de 4,7 %, Shell de 8,3 %. BP s’en est un peu mieux sorti, avec 15,2 %.[39]

    La transition vers les énergies éolienne et solaire revient d’autant plus en force qu’on assiste à un recours accru à l’électricité : des millions de personnes utilisent désormais Zoom et internet pour travailler depuis chez elles, suivre des cours universitaires, tenir des réunions d’affaires virtuelles, lire la presse, faire leurs achats, payer leurs factures, s’occuper de leurs démarches administratives, envoyer leur courrier personnel, etc. Colis et repas sont livrés par des coursiers à vélo électrique. Les ventes de véhicules électriques ne cessent de progresser. L’an dernier, 50 % des voitures neuves vendues en Chine étaient électriques. Dans l’UE, ce chiffre était de 26 %, contre 21 % en 2022.[40]

    Même aux États-Unis, où les véhicules électriques ne représentaient que 9,7 % des ventes de voitures neuves en 2025,[41] la guerre de Trump pousse les acheteurs vers les concessionnaires de véhicules électriques. Selon un cadre dirigeant d’Ignition Dealer Services, un cabinet de conseil pour les concessionnaires automobiles, le seuil psychologique poussant les consommateurs à envisager un véhicule électrique était de 4 dollars le gallon d’essence. Le 14 mars, le prix moyen était de 4,29 dollars, en hausse de 20 % depuis le début de la guerre, deux semaines plus tôt. Beaucoup de familles américaines ont deux voitures : elles peuvent garder leur SUV ou pick-up à essence et acquérir une seconde voiture électrique pour les trajets locaux, les allers-retours au travail, au supermarché, etc.[42] Que la guerre de Trump en soit la cause ou non, les ventes de véhicules électriques d’occasion aux États-Unis ont bondi de 29 % en février 2026 par rapport au même mois de l’année précédente.[43]

    La guerre de Trump pourrait donc, involontairement, accélérer ces tendances. Peut-être finira-t-il par enfin obtenir le prix Nobel de la paix — la guerre de Trump sauvera peut-être le monde du réchauffement climatique.

    Selon TradingEconomics.com,[44] les États-Unis ont produit 13,7 millions barils de pétrole par jour en 2025, ce qui en fait le premier producteur mondial. Si la guerre de Trump se poursuit, plus de 23 millions de barils par jour pourraient être retirés du marché rien que dans le Golfe. Répartition par pays pour 2025 : Arabie saoudite, 10 111 000 barils par jour ; Irak, 4 310 000 barils par jour ; Émirats arabes unis, 3 390 000 barils par jour ; Iran, 3 176 000 barils par jour ; Koweït, 2 580 000 barils par jour.

    Si la guerre continue de faire des ravages, une grande partie du pétrole du Golfe pourrait être définitivement, ou du moins durablement, retirée du marché. Si les exportations russes restent sanctionnées, leur accès aux marchés continuera au minimum d’être compliqué. Les États-Unis pourraient bien être « le dernier survivant » dans le secteur pétrolier. Mais, à mesure que l’électrification s’accélère dans tous les domaines, la transition hors des énergies fossiles s’accélère également. Sous l’effet du réchauffement climatique, de la compétitivité bien supérieure des énergies renouvelables et de l’impératif de sécurité énergétique — rendu aveuglant par la guerre de Trump. La durée pendant laquelle le titre douteux de « dernier survivant » aura encore beaucoup d’importance reste une question ouverte. Si le monde riche prend de plus en plus ses distances avec le pétrole, certaines parties du monde moins riche continuent de s’y engager. Dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’énergie affirme : « Malgré les incertitudes croissantes qui planent sur les perspectives, la demande mondiale de pétrole devrait augmenter de 640 000 barils par jour en glissement annuel en 2026…. »[45]

    Alors, si les attaques de l’Iran dans le Golfe font des États-Unis le dernier survivant du marché pétrolier, pourquoi l’Iran joue-t-il leur jeu ?

    Les Iraniens sont peut-être en mesure d’allumer de grands incendies pendant longtemps : leurs drones ne coûtent que 30 000 dollars pièce et sont, selon les critères aéronautiques, primitifs. Selon le think tank militaire britannique Royal United Services Institute (RUSI), leur moteur est « utilisé dans le monde entier par les modélistes aéronautiques. »[46]

    Ils peuvent donc causer de grands dégâts, mais pourquoi le font-ils ?

    Pour répondre à cette question, Bloomberg.com a mené un long entretien avec Vali Nasr, spécialiste reconnu de l’Iran, professeur à la School of Advanced International Studies de l’Université Johns Hopkins.[47] Selon Nasr : « Leur raisonnement est que cette guerre doit être la dernière… Les États-Unis doivent en payer un coût assez élevé pour perdre l’appétit de faire la guerre à l’Iran. »

    Et pourquoi l’Iran attaque-t-il les États du Golfe ? Pour « augmenter le coût de leur soutien aux États-Unis », explique Nasr.

    La motivation ultime des attaques iraniennes a été exprimée lors d’un long entretien accordé le 12 mars au Financial Times par sir Simon Gass, ancien ambassadeur britannique en Iran et ancien président du Joint Intelligence Committee britannique. L’ambassadeur Gass résume ainsi la situation : le régime « conclut qu’il s’agit potentiellement d’une lutte à mort et qu’il doit par conséquent utiliser tous les outils à sa disposition…. »[48]

    Autrement dit, pour le régime iranien, tous les coups sont permis, et pour l’instant, même si le régime iranien survit, c’est bien dans l’histoire du pétrole que les frackers américains semblent appelés à être les derniers survivants.

    [1]https://www.yahoo.com/news/articles/people-feel-betrayed-joe-rogan-163232

    [2]https://www.washingtonpost.com/politics/interactive/2026/iran-war-strikes-poll/

    [3]https://www.natesilver.net/p/iran-war-polls-popularity-approval

    [4]https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2026-03-12/iran-latest

    [5]https://www.cbsnews.com/news/us-iran-deal-within-our-reach-oman-mediator-says/

    [6]https://edition.cnn.com/2026/03/17/politics/joe-kent-resigns-iran-war

    [7]https://edition.cnn.com/2026/03/17/politics/resignation-joe-kent-trump-iran

    [8]https://tradingeconomics.com/commodity/crude-oil

    [9]https://tradingeconomics.com/commodity/brent-crude-oil

    [10]https://institut-rousseau.fr/big-oil-renewables-venezuela-oil/

    [11]https://institut-rousseau.fr/big-oil-renewables-venezuela-oil/

    [12]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-17/uae-gas-field-hit-key-oil-hub-halts-as-energy-attacks-intensify

    [13]https://edition.cnn.com/2026/03/19/middleeast/iran-qatar-south-pars-gas-field-explainer-intl

    [14]https://www.nytimes.com/2026/03/19/world/middleeast/trump-iran-south-pars-gas-field.html

    [15]https://edition.cnn.com/world/live-news/iran-war-us-israel-trump-03-22-26

    [16]https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2026-03-24/iran-war-trump-latest-news-updates-oil-markets

    [17]https://www.lemonde.fr/en/international/article/2026/04/07/trump-warns-whole-civilization-will-die-in-iran-if-ultimatum-expires_6752188_4.html

    [18]https://www.washingtonpost.com/world/2026/04/11/us-iran-islamabad-hormuz-ceasefire/

    [19]https://www.ft.com/content/f7e61ecd-59cb-4be0-92c4-94198e60ba76

    [20]https://www.reuters.com/business/energy/view-analysts-reactions-attacks-cutting-saudi-oil-output-eastwest-pipeline-flows-2026-04-09/

    [21]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-12/saudi-arabia-says-east-west-pipeline-restored-to-full-capacity

    [22]https://trumpwhitehouse.archives.gov/briefings-statements/remarks-president-trump-unleashing-american-energy-event/

    [23]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-21/trump-s-iran-war-drive-exposes-limits-of-yes-sir-cabinet

    [24]https://edition.cnn.com/2026/04/10/politics/trump-iran-war-maga-media-split

    [25]https://edition.cnn.com/2026/04/07/politics/25th-amendment-trump-iran-war

    [26]https://www.cookpolitical.com/survey-research/cpr-polltracker/trump-trendlines

    [27]https://www.nytimes.com/2026/03/14/us/politics/marines-iran-war.html

    [28]https://www.nytimes.com/2026/03/24/us/politics/82nd-airborne-division-iran-troops.html

    [29]https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2026-03-24/iran-war-trump-latest-news-updates-oil-markets

    [30]https://www.ft.com/content/c7499763-5630-4ab9-9d10-0e22ab88e674

    [31]https://www.ft.com/content/193718a3-5f4f-4a5d-9847-97820d63a546

    [32]https://www.ft.com/content/64c5a600-1fc8-4370-b5d6-8a0bc273a33f

    [33]https://tradingeconomics.com/commodity/natural-gas

    [34]https://www.thetimes.com/us/american-politics/article/pennsylvania-oil-gas-drilling-fracking-iran-price-us-jjl2ffhsr

    [35]https://institut-rousseau.fr/majors-petrolieres-renouvelables-venezuela/

    [36]New York Times, 11/04/26, Why Investing in Wind and Solar to Avoid Gas Shocks Hasn’t Added Up for Some

    [37]https://www.lazard.com/research-insights/levelized-cost-of-energyplus-lcoeplus/

    [38]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-17/why-europe-s-power-prices-aren-t-soaring-like-gas

    [39]https://www.ft.com/content/b122ca1f-fc99-4749-9764-f1998b84dd07

    [40]https://ember-energy.org/latest-insights/the-ev-leapfrog-how-emerging-markets-are-driving-a-global-ev-boom/

    [41]https://ember-energy.org/latest-insights/the-ev-leapfrog-how-emerging-markets-are-driving-a-global-ev-boom/

    [42]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-14/iran-war-reignites-ev-interest-in-us-markets

    [43]https://www.nytimes.com/2026/03/21/business/energy-environment/gas-prices-electric-vehicles-iran.html

    [44]https://tradingeconomics.com/country-list/crude-oil-production

    [45]https://www.iea.org/reports/oil-market-report-march-2026

    [46]https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/commentary/russias-iranian-made-uavs-technical-profile

    [47]https://www.bloomberg.com/features/2026-vali-nasr-weekend-interview/

    [48]https://www.ft.com/content/cba7352f-aac0-4a6a-8919-c0597bc94c43

    Publié le 25 avril 2026

    La guerre de trump contre l’iran s’inscrit-elle dans une stratégie du « dernier survivant » pétrolier ?

    Auteurs

    Robert Bell
    Professor of Management at Brooklyn College, city University of New York

    « Ça paraît tellement insensé, au regard de ce sur quoi il a fait campagne. C’est pourquoi beaucoup de gens se sentent trahis, il a prôné la fin des guerres, de ces guerres idiotes et sans raison, et voilà qu’on en a une qu’on ne sait même pas vraiment expliquer. »

    Tels sont les mots de Joe Rogan, l’un des influenceurs conservateurs américains les plus en vue, dont le soutien à Trump a contribué à son élection en 2024.[1]

    Quelle qu’en soit la raison, l’attaque de Trump contre l’Iran le 28 février est clairement réprouvée par la majorité des Américains — ce qui est inhabituel aux États-Unis au début d’une guerre. Le 12 mars 2026, le Washington Post relevait : « de récents sondages… montrent que les Américains s’opposent aux frappes américaines à 50 % contre 38 % pour, selon une moyenne du Post portant sur dix sondages depuis le début de la guerre. »[2] L’écart entre partisans et opposants est donc de 12 points. Un mois plus tard, le 10 avril 2026, cet écart atteignait 15 points, selon le très réputé analyste américain Nate Silver.[3]

    Voici ce que Trump a publié sur les réseaux sociaux le 12 mars, soit près de deux semaines après son attaque surprise :

    « Les États-Unis sont de loin le premier producteur de pétrole au monde : quand les prix du pétrole montent, nous gagnons beaucoup d’argent. MAIS, ce qui m’importe et m’intéresse bien davantage, en tant que président, c’est d’empêcher ce maître mauvais qu’est l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, et de détruire le Moyen-Orient et, en vérité, le monde entier. Je ne laisserai jamais cela se produire ! »[4]

    Nombreux sont ceux qui soupçonnent Trump de ne pas dire la vérité sur la question nucléaire, et de s’en servir comme simple prétexte à d’autres fins. Il existe des éléments concrets à l’appui de ce soupçon. Le 27 février, lors d’une interview télévisée, Badr Albusaidi, le ministre des Affaires étrangères d’Oman — qui servait de médiateur dans les négociations entre les représentants de Trump et le gouvernement iranien — a déclaré qu’« un accord de paix est à notre portée. » L’Iran « ne possédera jamais, au grand jamais… de matière nucléaire susceptible de fabriquer une bombe. » Les stocks existants d’uranium enrichi seraient « dilués au niveau le plus bas possible » et « convertis en combustible… [ce qui] serait irréversible », a-t-il insisté. L’Agence internationale de l’énergie atomique de l’ONU bénéficierait d’un « accès complet » aux sites nucléaires iraniens pour vérifier l’accord, concluant : « Zéro accumulation, zéro stockage, vérification totale. »[5] C’était le vendredi 27 février. Les deux parties devaient se retrouver le lundi suivant. Trump a attaqué le lendemain, samedi 28 février — en plein milieu des négociations de paix.

    Le 17 mars, la démission soudaine de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme nommé par Trump lui-même, a considérablement renforcé ce soupçon. Sa lettre de démission énonce : « En mon âme et conscience, je ne peux soutenir la guerre en cours contre l’Iran. L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain. »[6] Bien que le sénateur Mitch McConnell ait critiqué l’« antisémitisme virulent de sa lettre de démission »,[7] Kent a jeté de nouveaux doutes, bien réels, sur la prétendue urgence d’une bombe nucléaire.

    L’attaque de Trump a fait passer le prix du pétrole américain (le WTI, valeur de référence) d’environ 65,75 dollars le baril le 27 février 2026 à 111 dollars le 20 mars.[8] Il a ensuite oscillé au gré des déclarations de Trump et des comptes rendus d’attaques. Le 11 avril, il était redescendu au prix encore massivement élevé de 95 dollars.[9] Mauvaise nouvelle pour les propriétaires de voitures ? Certes. Mais excellente nouvelle pour les « frackers » — les foreurs pratiquant la fracturation hydraulique — qui avaient financé la campagne électorale de Trump en 2024 à hauteur de 75 millions de dollars, mais s’étaient sentis trahis puisque beaucoup avaient dû stopper leur activité, faute d’un prix du pétrole couvrant leurs coûts, en moyenne 55 à 58 dollars le baril.[10]

    L’Arabie saoudite, dont le coût de production n’excède pas 27 dollars,[11] avait continuellement augmenté sa production, faisant chuter le cours mondial du pétrole. La guerre de Trump remet ses frackers en territoire bénéficiaire, renversant la logique de « crash ».

    Si telle est la stratégie de Trump, elle est assez simple : les États-Unis, avec Israël, détruisent l’Iran et laissent l’Iran, en riposte ou par légitime défense, détruire les autres producteurs régionaux de pétrole et de gaz naturel. C’est d’ailleurs ce qui se passe. L’Iran a effectivement fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel mondiaux. Le 17 mars, un drone iranien a embrassé un grand champ de gaz des Émirats arabes unis, le projet Shah.[12] Le lendemain, Israël a attaqué le champ gazier iranien de South Pars — sa principale installation de gaz naturel. Quelques heures plus tard, QatarEnergy, entreprise d’État, annoncerait que l’Iran avait riposté en frappant la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar, causant « des dégâts considérables ». La majeure partie du gaz naturel qatari, soit 20 % de l’approvisionnement mondial, y est produite.[13] Trump a alors menacé de « faire exploser massivement » le reste de South Pars si l’Iran attaquait à nouveau le Qatar.[14]

    Et Trump ne s’est pas arrêté là. Le 21 mars, il a posé un ultimatum : « frapper et anéantir » les centrales électriques iraniennes si l’Iran ne levait pas le blocus du détroit d’Ormuz avant le lundi soir suivant. L’Iran a alors menacé que si Trump exécutait sa menace, les États du Golfe verraient leurs infrastructures énergétiques « détruites irrémédiablement » et que l’Iran fermerait le détroit d’Ormuz indéfiniment.[15] Le Brent a atteint 110 dollars le baril. Le lundi, Trump a indiqué que ses fonctionnaires et l’Iran avaient tenu des « conversations productives », accordant à l’Iran cinq jours supplémentaires pour ouvrir le détroit. Mais l’Iran a nié toute discussion avec les négociateurs de Trump. Le Brent est retombé quand même à 103 dollars. Le lendemain, Bloomberg rapportait des éléments prouvant l’existence de pourparlers indirects,[16] mais aussi de nouvelles attaques contre les infrastructures iraniennes et des États du Golfe. Le 7 avril, Trump a menacé que si l’Iran n’ouvrait pas le détroit d’Ormuz, « toute une civilisation mourrait cette nuit, à jamais. » Beaucoup y ont vu une menace d’anéantissement nucléaire de l’Iran, ce qui a été trop loin pour le pape Léon, qui a déclaré : « Aujourd’hui, comme nous le savons tous, il y a eu cette menace contre tout le peuple iranien. C’est vraiment inacceptable. » Que ce soit ou non une menace nucléaire, Trump a effectivement menacé de faire sauter les ponts et autres infrastructures civiles.[17] Le 11 avril, des négociations, qui ont duré vingt heures, ont débuté au Pakistan entre le vice-président américain J.D. Vance et les Iraniens. Elles ont pris fin le lendemain, 12 avril : sans accord.[18]

    Le 11 avril, le Financial Times faisait le bilan des dégâts infligés jusqu’alors au deuxième producteur mondial de pétrole, l’Arabie saoudite : « Les frappes sur le champ pétrolier offshore de Manifa et sur le champ de Khurais, au nord de Riyad, ont réduit la production de chaque site de quelque 300 000 barils par jour. »[19] Par ailleurs, les Iraniens ont touché le pipeline Est-Ouest Yanbu, qui relie le Golfe persique à la mer Rouge, réduisant sa capacité de 7 millions de barils par jour de 700 000 barils. Ce pipeline permettait à l’Arabie saoudite de contourner le blocus iranien du détroit d’Ormuz[20] en exportant près de 5 millions de barils par jour via la mer Rouge. Mais la situation évoluait de jour en jour. Le 12 avril, les autorités saoudiennes ont annoncé que le pipeline avait été remis à pleine capacité et que la production sur l’un des champs pétroliers avait également été entièrement restaurée.[21]

    À ce jour, 12 avril, le détroit est toujours effectivement fermé, la civilisation iranienne existe toujours, et le pétrole américain se négocie à 96 dollars. Quand la guerre de Trump prendra-t-elle fin ? Si son objectif est la « domination énergétique » qu’il a si souvent proclamée,[22] la guerre pourrait se terminer — si les Iraniens le permettent — lorsque Trump estimera qu’assez d’infrastructures pétrolières du Golfe persique ont été détruites pour maintenir ses frackers dans l’opulence.

    Renflouer ses frackers frustrés est-il le seul mobile possible de Trump ? Peut-être pas. Et la simple lubie, alors ? Il s’en tire parce que ses partisans les plus fidèles l’adorent et que ses conseillers et fonctionnaires ne disent que « Oui, monsieur. »[23] Quelques-uns, pourtant, commencent à crier non. L’un d’eux, le militant conservateur Tucker Carlson, a qualifié les menaces contre l’infrastructure civile iranienne de « crime de guerre » et d’« abomination à tous égards. »[24] Une autre, la congressiste républicaine fraichement démissionnée et ancienne grande fan de Trump, Marjorie Taylor Greene, a qualifié la menace contre la « civilisation » de « malveillance et de folie », et appelé à destituer Trump en invoquant le 25e amendement de la Constitution américaine.[25]

    Outre la lubie, d’autres hypothèses existent. La question d’Israël, placée au premier plan par Joe Kent ? Le scandale Epstein, qui colle de plus en plus à Trump — bien que les accusations les plus graves restent pour l’instant non étayées — dont la guerre permettrait de détourner l’attention ? La volonté de Trump de redresser son indice de popularité, extraordinairement bas, qui ne cesse de baisser ? Le très crédible Cook Political Report fait quotidiennement la moyenne de 21 sondages réputés; il indique que le taux de désapprobation de Trump est passé de 48,9 % le 1er mars 2025 à 57,2 % le 10 avril 2026.[26] Les guerres provoquent habituellement un « resserrement des rangs » (« rally ’round the flag ») qui soutient le président. Pour l’heure, il n’en est rien. Peut-être si Trump envoie des troupes au sol — par exemple pour s’emparer de l’uranium enrichi. Trump a déplacé 2 300 marines américains de la région Pacifique vers les abords de l’Iran.[27] Le 24 mars, le New York Times rapportait l’envoi supplémentaire de 2 000 parachutistes dans la région.[28]

    Jusqu’où le prix du pétrole et du gaz peut-il monter ?

    Bloomberg a publié une synthèse des prévisions de divers opérateurs pétroliers le 24 mars : « Goldman Sachs a relevé sa prévision moyenne pour le Brent à 85 dollars le baril, contre 77 dollars auparavant. Macquarie table sur un plancher de 85 à 90 dollars le baril, avec des contrats à terme susceptibles d’atteindre 150 dollars le baril d’ici la fin avril. Kpler estime quant à lui que les prix pourraient atteindre 140 dollars le baril dans les trois à quatre semaines à venir, en l’absence de toute dé-escalade significative. »[29] Faites votre choix. Étant donné que le seuil de rentabilité du pétrole pour les frackers américains est d’environ 55 à 58 dollars (pour le WTI, le référentiel américain), toutes les prévisions suggèrent que les frackers de Trump seraient soit rentables, soit franchement riches.

    Les prix prévus ci-dessus par les opérateurs pétroliers sont ceux du Brent, le référentiel européen. Le WTI, le référentiel américain, a tendance à se négocier 3 à 10 dollars de moins. Mais pendant une grande partie d’avril 2026, il s’est vendu davantage. Pourquoi ? Les États-Unis exportent plus de pétrole vers l’Asie pour compenser le pétrole perdu du Golfe. En mars 2026, les exportations se sont établies à 3,9 millions de barils par jour. Mais en avril 2026, la société de recherche pétrolière Kpler estime ce chiffre à 5,2 millions de barils par jour. Une flottille de 68 pétroliers vides se dirigeait vers les États-Unis au cours de la deuxième semaine d’avril. La semaine précédant la guerre de Trump, seuls 24 pétroliers vides faisaient route vers les États-Unis.[30]

    Les frackers américains de Trump s’emploient-ils à forer de nombreux nouveaux puits ? Pas jusqu’à présent. L’opération est coûteuse et exige une planification et une logistique considérable. Et l’extension des zones à fracker — ce qui implique l’acquisition de droits fonciers — ? Les acquisitions de terrains de fracturation aux États-Unis sont pratiquement à l’arrêt depuis le déclenchement de la guerre de Trump, en raison de l’incertitude qui pèse sur les prix du pétrole. Le Financial Times cite un avocat d’affaires : « Désormais, c’est la question de ‘À quel prix valoriser ces actifs ? Quelle agressivité peut-on se permettre dans la mise en valeur ? Serons-nous en mesure de nous couvrir ?’. »[31]

    Le gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe est une autre histoire. L’Iran a endommagé la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar, réduisant sa production de gaz naturel liquéfié de 17 % et nécessitant trois à cinq années de réparations, selon le ministre de l’Énergie du pays, Saad Al-Kaabi.[32]

    Une grande partie du gaz naturel liquéfié du Golfe était vendu en Asie, si bien que les marchés asiatiques ont déjà été durement touchés et pourraient bientôt, selon de nombreuses sources, manquer de gaz naturel.

    Les États-Unis disposent d’immenses réserves de gaz naturel, dont une grande partie est brûlée à la tête des puits de fracturation faute de pipelines pour l’acheminer vers le réseau gazier le plus proche, investissement que les frackers préfèrent éviter.

    Le gaz naturel américain est bon marché, sous-produit essentiel de la fracturation pétrolière. Le 23 mars, le gaz naturel américain se vendait 2,90 dollars par million de BTU (British Thermal Unit). Le même jour, le prix à Rotterdam du gaz naturel liquéfié importé était de 55 euros par MWh, soit environ 18 dollars par million de BTU, autrement dit environ six fois le prix du gaz naturel américain. Alors pourquoi les frackers ne financent-ils pas les pipelines pour se raccorder au réseau, liquéfier leur gaz et le vendre à un prix bien supérieur ? Parce qu’il n’y a pas de capacité de liquéfaction disponible. Selon une source de référence, Tradingeconomics.com, « les capacités d’exportation de GNL sont exploitées à plein régime, ce qui limite la possibilité de tirer davantage profit des perturbations mondiales de l’approvisionnement. »[33]

    D’ici 2031, soit environ cinq ans après la guerre de Trump, les États-Unis devraient doubler leur capacité actuelle de huit terminaux méthaniers, selon l’Agence d’information sur l’énergie du pays.[34]

    Mais peut-être que d’ici là, la demande aura sensiblement diminué. Pourquoi ?

    Pour l’UE, il suffit de comparer le prix du gaz naturel dans la crise actuelle à celui lié à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. À Rotterdam, les prix du gaz avaient alors atteint 339 euros. Ils ont atteint 55 euros cette fois-ci. La météo joue évidemment un rôle, mais l’essor notable des énergies éolienne et solaire au sein de l’UE depuis lors en est sans doute la principale raison. En 2025, l’électricité produite par le vent et le soleil dans l’UE était plus abondante que celle issue de l’ensemble des énergies fossiles combinées.[35]

    Les prix de gros de l’électricité dépendent généralement de la source la plus chère,[36] mais l’électricité éolienne et solaire sont désormais si abondantes dans l’UE — de loin les sources les moins chères[37] — qu’elles fixent souvent le prix du marché. Les centrales à gaz ne fonctionnent souvent plus qu’aux heures de pointe du soir.[38]

    Les opérateurs de réseaux s’adapteront mieux à ces crises d’approvisionnement, à la fois en installant davantage d’éoliennes et de panneaux solaires, et en déployant des batteries à large échelle. Depuis le début de la guerre, les investisseurs se ruent sur les fabricants de batteries centralisées — ces batteries qui alimentent les réseaux électriques. Les installations de batteries géantes peuvent couvrir jusqu’à quatre heures de production électrique en cas d’intermittence du vent ou du soleil. Le choc de la pénurie de gaz naturel en Asie ne devrait pas surprendre outre mesure que les grands fabricants chinois de batteries voient leur cours boursier s’emballer. Le 23 mars 2026, le Financial Times notait que, depuis le déclenchement de la guerre de Trump, le titre du fabricant de batteries CATL avait progressé de 29 % en Chine, celui de Sungrow de 19 %, et celui de BYD de près de 22 %. Les titres des compagnies pétrolières, qui profitent pourtant d’une hausse de 47 % du prix du pétrole, ont moins bien fait : Chevron est monté de 8 %, ExxonMobil de 4,7 %, Shell de 8,3 %. BP s’en est un peu mieux sorti, avec 15,2 %.[39]

    La transition vers les énergies éolienne et solaire revient d’autant plus en force qu’on assiste à un recours accru à l’électricité : des millions de personnes utilisent désormais Zoom et internet pour travailler depuis chez elles, suivre des cours universitaires, tenir des réunions d’affaires virtuelles, lire la presse, faire leurs achats, payer leurs factures, s’occuper de leurs démarches administratives, envoyer leur courrier personnel, etc. Colis et repas sont livrés par des coursiers à vélo électrique. Les ventes de véhicules électriques ne cessent de progresser. L’an dernier, 50 % des voitures neuves vendues en Chine étaient électriques. Dans l’UE, ce chiffre était de 26 %, contre 21 % en 2022.[40]

    Même aux États-Unis, où les véhicules électriques ne représentaient que 9,7 % des ventes de voitures neuves en 2025,[41] la guerre de Trump pousse les acheteurs vers les concessionnaires de véhicules électriques. Selon un cadre dirigeant d’Ignition Dealer Services, un cabinet de conseil pour les concessionnaires automobiles, le seuil psychologique poussant les consommateurs à envisager un véhicule électrique était de 4 dollars le gallon d’essence. Le 14 mars, le prix moyen était de 4,29 dollars, en hausse de 20 % depuis le début de la guerre, deux semaines plus tôt. Beaucoup de familles américaines ont deux voitures : elles peuvent garder leur SUV ou pick-up à essence et acquérir une seconde voiture électrique pour les trajets locaux, les allers-retours au travail, au supermarché, etc.[42] Que la guerre de Trump en soit la cause ou non, les ventes de véhicules électriques d’occasion aux États-Unis ont bondi de 29 % en février 2026 par rapport au même mois de l’année précédente.[43]

    La guerre de Trump pourrait donc, involontairement, accélérer ces tendances. Peut-être finira-t-il par enfin obtenir le prix Nobel de la paix — la guerre de Trump sauvera peut-être le monde du réchauffement climatique.

    Selon TradingEconomics.com,[44] les États-Unis ont produit 13,7 millions barils de pétrole par jour en 2025, ce qui en fait le premier producteur mondial. Si la guerre de Trump se poursuit, plus de 23 millions de barils par jour pourraient être retirés du marché rien que dans le Golfe. Répartition par pays pour 2025 : Arabie saoudite, 10 111 000 barils par jour ; Irak, 4 310 000 barils par jour ; Émirats arabes unis, 3 390 000 barils par jour ; Iran, 3 176 000 barils par jour ; Koweït, 2 580 000 barils par jour.

    Si la guerre continue de faire des ravages, une grande partie du pétrole du Golfe pourrait être définitivement, ou du moins durablement, retirée du marché. Si les exportations russes restent sanctionnées, leur accès aux marchés continuera au minimum d’être compliqué. Les États-Unis pourraient bien être « le dernier survivant » dans le secteur pétrolier. Mais, à mesure que l’électrification s’accélère dans tous les domaines, la transition hors des énergies fossiles s’accélère également. Sous l’effet du réchauffement climatique, de la compétitivité bien supérieure des énergies renouvelables et de l’impératif de sécurité énergétique — rendu aveuglant par la guerre de Trump. La durée pendant laquelle le titre douteux de « dernier survivant » aura encore beaucoup d’importance reste une question ouverte. Si le monde riche prend de plus en plus ses distances avec le pétrole, certaines parties du monde moins riche continuent de s’y engager. Dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’énergie affirme : « Malgré les incertitudes croissantes qui planent sur les perspectives, la demande mondiale de pétrole devrait augmenter de 640 000 barils par jour en glissement annuel en 2026…. »[45]

    Alors, si les attaques de l’Iran dans le Golfe font des États-Unis le dernier survivant du marché pétrolier, pourquoi l’Iran joue-t-il leur jeu ?

    Les Iraniens sont peut-être en mesure d’allumer de grands incendies pendant longtemps : leurs drones ne coûtent que 30 000 dollars pièce et sont, selon les critères aéronautiques, primitifs. Selon le think tank militaire britannique Royal United Services Institute (RUSI), leur moteur est « utilisé dans le monde entier par les modélistes aéronautiques. »[46]

    Ils peuvent donc causer de grands dégâts, mais pourquoi le font-ils ?

    Pour répondre à cette question, Bloomberg.com a mené un long entretien avec Vali Nasr, spécialiste reconnu de l’Iran, professeur à la School of Advanced International Studies de l’Université Johns Hopkins.[47] Selon Nasr : « Leur raisonnement est que cette guerre doit être la dernière… Les États-Unis doivent en payer un coût assez élevé pour perdre l’appétit de faire la guerre à l’Iran. »

    Et pourquoi l’Iran attaque-t-il les États du Golfe ? Pour « augmenter le coût de leur soutien aux États-Unis », explique Nasr.

    La motivation ultime des attaques iraniennes a été exprimée lors d’un long entretien accordé le 12 mars au Financial Times par sir Simon Gass, ancien ambassadeur britannique en Iran et ancien président du Joint Intelligence Committee britannique. L’ambassadeur Gass résume ainsi la situation : le régime « conclut qu’il s’agit potentiellement d’une lutte à mort et qu’il doit par conséquent utiliser tous les outils à sa disposition…. »[48]

    Autrement dit, pour le régime iranien, tous les coups sont permis, et pour l’instant, même si le régime iranien survit, c’est bien dans l’histoire du pétrole que les frackers américains semblent appelés à être les derniers survivants.

    [1]https://www.yahoo.com/news/articles/people-feel-betrayed-joe-rogan-163232

    [2]https://www.washingtonpost.com/politics/interactive/2026/iran-war-strikes-poll/

    [3]https://www.natesilver.net/p/iran-war-polls-popularity-approval

    [4]https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2026-03-12/iran-latest

    [5]https://www.cbsnews.com/news/us-iran-deal-within-our-reach-oman-mediator-says/

    [6]https://edition.cnn.com/2026/03/17/politics/joe-kent-resigns-iran-war

    [7]https://edition.cnn.com/2026/03/17/politics/resignation-joe-kent-trump-iran

    [8]https://tradingeconomics.com/commodity/crude-oil

    [9]https://tradingeconomics.com/commodity/brent-crude-oil

    [10]https://institut-rousseau.fr/big-oil-renewables-venezuela-oil/

    [11]https://institut-rousseau.fr/big-oil-renewables-venezuela-oil/

    [12]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-17/uae-gas-field-hit-key-oil-hub-halts-as-energy-attacks-intensify

    [13]https://edition.cnn.com/2026/03/19/middleeast/iran-qatar-south-pars-gas-field-explainer-intl

    [14]https://www.nytimes.com/2026/03/19/world/middleeast/trump-iran-south-pars-gas-field.html

    [15]https://edition.cnn.com/world/live-news/iran-war-us-israel-trump-03-22-26

    [16]https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2026-03-24/iran-war-trump-latest-news-updates-oil-markets

    [17]https://www.lemonde.fr/en/international/article/2026/04/07/trump-warns-whole-civilization-will-die-in-iran-if-ultimatum-expires_6752188_4.html

    [18]https://www.washingtonpost.com/world/2026/04/11/us-iran-islamabad-hormuz-ceasefire/

    [19]https://www.ft.com/content/f7e61ecd-59cb-4be0-92c4-94198e60ba76

    [20]https://www.reuters.com/business/energy/view-analysts-reactions-attacks-cutting-saudi-oil-output-eastwest-pipeline-flows-2026-04-09/

    [21]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-12/saudi-arabia-says-east-west-pipeline-restored-to-full-capacity

    [22]https://trumpwhitehouse.archives.gov/briefings-statements/remarks-president-trump-unleashing-american-energy-event/

    [23]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-21/trump-s-iran-war-drive-exposes-limits-of-yes-sir-cabinet

    [24]https://edition.cnn.com/2026/04/10/politics/trump-iran-war-maga-media-split

    [25]https://edition.cnn.com/2026/04/07/politics/25th-amendment-trump-iran-war

    [26]https://www.cookpolitical.com/survey-research/cpr-polltracker/trump-trendlines

    [27]https://www.nytimes.com/2026/03/14/us/politics/marines-iran-war.html

    [28]https://www.nytimes.com/2026/03/24/us/politics/82nd-airborne-division-iran-troops.html

    [29]https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2026-03-24/iran-war-trump-latest-news-updates-oil-markets

    [30]https://www.ft.com/content/c7499763-5630-4ab9-9d10-0e22ab88e674

    [31]https://www.ft.com/content/193718a3-5f4f-4a5d-9847-97820d63a546

    [32]https://www.ft.com/content/64c5a600-1fc8-4370-b5d6-8a0bc273a33f

    [33]https://tradingeconomics.com/commodity/natural-gas

    [34]https://www.thetimes.com/us/american-politics/article/pennsylvania-oil-gas-drilling-fracking-iran-price-us-jjl2ffhsr

    [35]https://institut-rousseau.fr/majors-petrolieres-renouvelables-venezuela/

    [36]New York Times, 11/04/26, Why Investing in Wind and Solar to Avoid Gas Shocks Hasn’t Added Up for Some

    [37]https://www.lazard.com/research-insights/levelized-cost-of-energyplus-lcoeplus/

    [38]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-17/why-europe-s-power-prices-aren-t-soaring-like-gas

    [39]https://www.ft.com/content/b122ca1f-fc99-4749-9764-f1998b84dd07

    [40]https://ember-energy.org/latest-insights/the-ev-leapfrog-how-emerging-markets-are-driving-a-global-ev-boom/

    [41]https://ember-energy.org/latest-insights/the-ev-leapfrog-how-emerging-markets-are-driving-a-global-ev-boom/

    [42]https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-14/iran-war-reignites-ev-interest-in-us-markets

    [43]https://www.nytimes.com/2026/03/21/business/energy-environment/gas-prices-electric-vehicles-iran.html

    [44]https://tradingeconomics.com/country-list/crude-oil-production

    [45]https://www.iea.org/reports/oil-market-report-march-2026

    [46]https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/commentary/russias-iranian-made-uavs-technical-profile

    [47]https://www.bloomberg.com/features/2026-vali-nasr-weekend-interview/

    [48]https://www.ft.com/content/cba7352f-aac0-4a6a-8919-c0597bc94c43

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