La guerre de trump contre l’iran s’inscrit-elle dans une stratégie du « dernier survivant » pétrolier ?
🇫🇷 🇬🇧 « Ça paraît tellement insensé, au regard de ce sur quoi il a fait campagne. C’est pourquoi beaucoup de gens se sentent trahis, il a prôné la fin des guerres, de ces guerres idiotes et sans raison, et voilà qu’on en a une qu’on ne sait même pas vraiment expliquer. » Tels sont les mots de Joe Rogan, l’un des influenceurs conservateurs américains les plus en vue, dont le soutien à Trump a contribué à son élection en 2024.[1] Quelle qu’en soit la raison, l’attaque de Trump contre l’Iran le 28 février est clairement réprouvée par la majorité des Américains — ce qui est inhabituel aux États-Unis au début d’une guerre. Le 12 mars 2026, le Washington Post relevait : « de récents sondages… montrent que les Américains s’opposent aux frappes américaines à 50 % contre 38 % pour, selon une moyenne du Post portant sur dix sondages depuis le début de la guerre. »[2] L’écart entre partisans et opposants est donc de 12 points. Un mois plus tard, le 10 avril 2026, cet écart atteignait 15 points, selon le très réputé analyste américain Nate Silver.[3] Voici ce que Trump a publié sur les réseaux sociaux le 12 mars, soit près de deux semaines après son attaque surprise : « Les États-Unis sont de loin le premier producteur de pétrole au monde : quand les prix du pétrole montent, nous gagnons beaucoup d’argent. MAIS, ce qui m’importe et m’intéresse bien davantage, en tant que président, c’est d’empêcher ce maître mauvais qu’est l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, et de détruire le Moyen-Orient et, en vérité, le monde entier. Je ne laisserai jamais cela se produire ! »[4] Nombreux sont ceux qui soupçonnent Trump de ne pas dire la vérité sur la question nucléaire, et de s’en servir comme simple prétexte à d’autres fins. Il existe des éléments concrets à l’appui de ce soupçon. Le 27 février, lors d’une interview télévisée, Badr Albusaidi, le ministre des Affaires étrangères d’Oman — qui servait de médiateur dans les négociations entre les représentants de Trump et le gouvernement iranien — a déclaré qu’« un accord de paix est à notre portée. » L’Iran « ne possédera jamais, au grand jamais… de matière nucléaire susceptible de fabriquer une bombe. » Les stocks existants d’uranium enrichi seraient « dilués au niveau le plus bas possible » et « convertis en combustible… [ce qui] serait irréversible », a-t-il insisté. L’Agence internationale de l’énergie atomique de l’ONU bénéficierait d’un « accès complet » aux sites nucléaires iraniens pour vérifier l’accord, concluant : « Zéro accumulation, zéro stockage, vérification totale. »[5] C’était le vendredi 27 février. Les deux parties devaient se retrouver le lundi suivant. Trump a attaqué le lendemain, samedi 28 février — en plein milieu des négociations de paix. Le 17 mars, la démission soudaine de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme nommé par Trump lui-même, a considérablement renforcé ce soupçon. Sa lettre de démission énonce : « En mon âme et conscience, je ne peux soutenir la guerre en cours contre l’Iran. L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain. »[6] Bien que le sénateur Mitch McConnell ait critiqué l’« antisémitisme virulent de sa lettre de démission »,[7] Kent a jeté de nouveaux doutes, bien réels, sur la prétendue urgence d’une bombe nucléaire. L’attaque de Trump a fait passer le prix du pétrole américain (le WTI, valeur de référence) d’environ 65,75 dollars le baril le 27 février 2026 à 111 dollars le 20 mars.[8] Il a ensuite oscillé au gré des déclarations de Trump et des comptes rendus d’attaques. Le 11 avril, il était redescendu au prix encore massivement élevé de 95 dollars.[9] Mauvaise nouvelle pour les propriétaires de voitures ? Certes. Mais excellente nouvelle pour les « frackers » — les foreurs pratiquant la fracturation hydraulique — qui avaient financé la campagne électorale de Trump en 2024 à hauteur de 75 millions de dollars, mais s’étaient sentis trahis puisque beaucoup avaient dû stopper leur activité, faute d’un prix du pétrole couvrant leurs coûts, en moyenne 55 à 58 dollars le baril.[10] L’Arabie saoudite, dont le coût de production n’excède pas 27 dollars,[11] avait continuellement augmenté sa production, faisant chuter le cours mondial du pétrole. La guerre de Trump remet ses frackers en territoire bénéficiaire, renversant la logique de « crash ». Si telle est la stratégie de Trump, elle est assez simple : les États-Unis, avec Israël, détruisent l’Iran et laissent l’Iran, en riposte ou par légitime défense, détruire les autres producteurs régionaux de pétrole et de gaz naturel. C’est d’ailleurs ce qui se passe. L’Iran a effectivement fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel mondiaux. Le 17 mars, un drone iranien a embrassé un grand champ de gaz des Émirats arabes unis, le projet Shah.[12] Le lendemain, Israël a attaqué le champ gazier iranien de South Pars — sa principale installation de gaz naturel. Quelques heures plus tard, QatarEnergy, entreprise d’État, annoncerait que l’Iran avait riposté en frappant la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar, causant « des dégâts considérables ». La majeure partie du gaz naturel qatari, soit 20 % de l’approvisionnement mondial, y est produite.[13] Trump a alors menacé de « faire exploser massivement » le reste de South Pars si l’Iran attaquait à nouveau le Qatar.[14] Et Trump ne s’est pas arrêté là. Le 21 mars, il a posé un ultimatum : « frapper et anéantir » les centrales électriques iraniennes si l’Iran ne levait pas le blocus du détroit d’Ormuz avant le lundi soir suivant. L’Iran a alors menacé que si Trump exécutait sa menace, les États du Golfe verraient leurs infrastructures énergétiques « détruites irrémédiablement » et que l’Iran fermerait le détroit d’Ormuz indéfiniment.[15] Le Brent a atteint 110 dollars le baril. Le lundi, Trump a indiqué que ses fonctionnaires et l’Iran avaient tenu des « conversations productives », accordant à l’Iran cinq jours supplémentaires pour ouvrir le détroit. Mais l’Iran a nié toute discussion avec les négociateurs de Trump. Le Brent est retombé quand même à 103 dollars. Le lendemain, Bloomberg rapportait des éléments prouvant l’existence de pourparlers indirects,[16]
Par Bell R.
25 avril 2026